16 mai 2008

La France, quel numéro de téléphone ?

Une fois n'est pas coutume, un article illustre assez bien toutes les difficultés que l'autonomie de l'administration centrale française créé à la construction européenne.

Un autre article explique tout l'enjeu que représente la possibilité donnée à l'Union de signer en nom propre des traités internationaux, proposée par Lisbonne, illustrée par tout l'intérêt que représente la chose pour les intérêts les plus puissants et les plus organisés du marché pour obtenir, à terme, l'inévitable transposition dans les droits nationaux de l'Union de législations les favorisant contre de petits acteurs émergents, innovants, mais par là même, susceptibles de remettre en cause leur position établie. Pourtant, rares seront les lecteurs à concevoir le progrès technique dans l'aboslu, surtout choisi, comme un péril dont l'Union se donnerait mission de nous protéger. J'y reviendrai, sans doute, en temps et heure, armé de quelques chiffres exposant le tragique destin des startups innovantes : rachetées avec leurs brevets, puis enterrées, car il est souvent plus rentable de les détruire et préserver un modèle économique existant que d'investir dans une industrie innovante qui détruirait vos rentes.

Add.: Edgar vise juste.

13 mai 2008

Unis dans la médiocrité

Très prochainement, d'ici quelques mois à peine, l'Union proposera une définition harmonisée du terme devenu si populaire dans l'opinion : le "bio". Mais qui donc disait que l'Europe n'avançait pas ?

On se souviendra avec quelque émotion que ce mouvement trouve son origine dans une certaine révolution agricole française des années 1970, superbement ignorée par les pouvoirs publics et les professionnels de l'agriculture jusqu'à l'avènement d'internet, qui donna aux militants d'une approche hétérodoxe de la production agricole la tribune que personne ne trouvait intérêt à leur donner, leur permettant de trouver leur public, toujours modeste.

Mais qu'on se rassure : l'Union veille au grain. En l'état, on peut s'attendre à ce que l'harmonisation européenne du "bio" se fasse par le bas, dépossédant au passage les initiateurs de la démarche de tout le bénéfice de leur action de communication, au plus grand bénéfice des capitalistes et des industriels.

Mais personne n'a-t-il donc remarqué que niveler une filière d'excellence par le bas revient à la détruire ? Beau travail européen que voilà : identifier les filières d'excellence nées d'initiatives citoyennes dans le marché commun et les détruire, méthodiquement, systématiquement, grâce à vos impôts, et avec le soutien de tout ce qui de près ou de loin revendique l'étiquette de gauche raisonnable.

Le seul renoncement auquel devront consentir les hommes de progrès devra être de renoncer au sens des mots qu'ils auront révélés. Leur réel public ne mettra que quelques semaines à suivre : internet restera un formidable vecteur de communication et de distribution, loin des débats sur l'urbanisme commercial ou la fiscalité des entreprises. Les consommateurs béats, s'ils existent, seront les dindons de la farce européenne. Mais faut-il alors pleurer l'éventuelle mort de cette Europe ? Moi, je ne pleurerai pas.

Add. 13/5 18h: L'assemblée nationale vient de rejeter, à la surprise générale, le projet de loi longuement et finement déformé par le Sénat pour anticiper la soumission de la filière française d'excellence bio à l'évolution annoncée de la législation européenne. Je m'en réjouis. Car, même au sein de l'Union, le mandat de nos députés reste non-impératif : la transposition de directives européennes, passées et futures, n'excuse pas la soumission du pouvoir législatif à des technocrates, think tanks, et autres marchands d'influence. A l'aube de la seconde révision institutionnelle de l'année 2008, il fallait certainement le souligner, notamment aux yeux d'une soit-disant opposition qui aura beaucoup fait pour échapper à l'opinion exprimée de son électorat sur les si nombreux aspects communs à Lisbonne et au TCE. . J'espère que le Sénat, dont rien à mes yeux ne justifie davantage l'existence qu'elle ne se justifiait du temps de De Gaulle, retiendra la leçon.

Add. 14/5 : Le journal Le Monde signale le cas d'une possible contamination OGM d'une culture "bio" sur une distance de 35 kilomètres.

Add. 15/5 : Un excellent billet de Sylvain Carle explique, à mon avis très brillamment, en quoi l'internet est un bien meilleur lieu tant pour permettre aux producteurs qu'aux consommateurs de bio de se trouver que pour parler de la construction européenne que n'importe quelle manifestation préméditée, à agenda, public, et intervenants choisis, conformément aux recommandations d'Allais, grâce auxquelles on peut avec sûreté réduire les ambitions d'un groupe de personnes qui pourtant pourraient s'entendre sur un accord riche à accepter le contenu d'un accord modeste.

Appels aux commentateurs de la construction européenne

Nul lecteur de Publius n'ignore que la France aure bientôt le redoutable honneur d'assurer la présidence du Conseil.

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10 mai 2008

Lille express (1): l'Europe politique n'est pas morte

    Une premiere remarque sur Lille. Il y en avait aussi pour tout le monde: des plénières "grand public," des ateliers un peu plus pointus ainsi que la possibilité de tailler une bavette avec les intervenants. C'était aussi très sympathique et j'ai pu rencontrer qques personnes dont j'avais envie de faire la connaissance depuis longtemps.

     Sur le contenu, Michel Rocard a quand même créé un joli froid en balançant que "l'Europe politique était morte." Ça n'a pas échappé a Marc Vasseur qui a lancé Jean-Pierre Jouyet sur le sujet. Marc trouve que "la réponse fut déconcertante de langue de bois… en gros… le nouveau traité rend caduque le propos." Je ne partage ni le point de vue de Rocard ni celui de Marc.

    En effet, la réponse de Jouyet était la bonne: s'il est vrai que les "non" de 2005 ont mis en standby la construction européenne, la mise en œuvre du traité de Lisbonne devrait donner des opportunités pour créer une Europe plus politique, en particulier sur les questions des relations étrangères de l'UE. L'affirmation de l'Union dans le monde, via le poste de Haut Représentant de l'Union ainsi que via le président permanent du Conseil européen devraient affirmer une Europe plus politique. S'il est aussi vrai que, comme le rappelait Rocard que la règle de "l'unanimité persiste," en particulier pour les procédures de décisions sur les questions de la Politique Étrangère de Sécurité Commune. (PESC).

    Le contre argument est de noter que le traité de Lisbonne introduit la fonction de Haut Représentant de l'Union sera aussi vice-président de la Commission. Or, on a vu récemment une montée en puissance de la Commission sur la question, en particulier lors de rappels à l'ordre de la Russie sur les droits de l'Homme et lors de la libération des infirmières bulgares. Du coup, l'influence de la Commission dans les prises de position du Haut-Représentant de l'Union devrait permettre la mise en œuvre d'une Europe politique, sur les questions étrangères, plus affirmée. Cette Europe politique se construit aussi via l'intégration de la Charte des Droits Fondamentaux.

        Le drame de Rocard réside dans son pessimisme pathologique. Manuel Valls le notait d'ailleurs très bien.  Évoquant les élections européennes de 1994, Valls se rappelle que: "sa passion de la minorité et d'une certaine manière sa conviction que toute cette aventure était inexorablement vouée à l'échec avaient quelque chose de déroutant" (Les habits neufs de la gauche, p 21).

09 mai 2008

Journée de l'Europe

On est le 9 mai. Les bus pavoisent, il fait beau (et en plus je suis de très bonne humeur, avec un mélange de bonnes nouvelles professionnelles et personnelles). Ce devrait être l'occasion de revenir sur deux moments où l'on a parlé du rôle du web dans la construction d'une identité européenne (mercredi, à Lille) ou d'un espace public européen (ce matin à sciences po). Je manque de temps, alors je m'en tiendrai à évoquer quelques images de ces trois derniers jours, qui furent très européens.

Geremek et Rocard, chacun dans leur style, sont de très grands hommes. Encore fantastiquement vifs. Mais la révélation de Lille fut pour moi Martin Hirsch, dont je ne connaissais pas l'historique familial européen (son grand-père, résistant, participa à la création de la doctrine Schuman). Il y avait un air de relève à l'entendre ainsi évoquer ce passé, ces racines, tout en s'impliquant dans les combats d'aujourd'hui. Un juste, ce bonhomme, un pur. J'aime décidément bien (disons que j'ai le sentiment de partager ses choix).

Rocard poursuit son discours relativement défaitiste. L'Europe politique est morte, nous a-t-il répété, n'étant en cela pas surprenant. Ce que j'adore, malgré tout, chez Rocard, c'est qu'il dit honnêtement la déception de son utopie européenne, tout en menant de manière admirable son boulot de député européen, et en s'investissant sur des sujets d'avenir (comme la propriété intellectuelle, récemment). Un homme de vérité, et des paradoxes de qui s'investit dans l'action.

Aujourd'hui, pour la fête de l'Europe, j'ai eu la chance de passer quelques heures dans le salon de l'horloge, celui où est né le projet européen. J'en retiendrai une rencontre, celle d'Abel Farnoux, qui fut compagnon de déportation de mon grand-père. L'Europe est aussi née de ces crimes, pour les dépasser et les rendre impossibles. Il n'est jamais inutile de se le voir rappeler dans des rencontres très concrètes.

Enfin, une anecdote, peut-être futile, mais peut-être un peu symbolique. Hier, les bâtiments officiels (et les bus) pavoisaient en bleu-blanc-rouge, pour le 8 mai. aujourd'hui, ils pavoisent avec le drapeau étoilé également (cela n'a été rendu obligatoire que très récemment). Je me demande : mais pourquoi ne pavoise-t-on pas avec les deux drapeaux, dès le 8 mai, comme pour apporter la réponse et la suite à la commémoration (et en même temps rendre la vie des pavoiseurs - quel beau métier - un peu plus facile) ?

Bonne fête de l'Europe à tous ! Je reviens sur les thèmes de conférence en retour de week-end.

08 mai 2008

Interview de Jouyet par les blogueurs

Alex a mis en ligne qques videos sur la rencontre de Lille. Sur cette video, Jouyet commence par repondre a ma question sur les consequences d'un ''non'' irlandais a Lisbonne. Plus de commentaires + tard: je tape laborieusement ce message sur une sorte de minitel de l'aeroport de Charleroi ou je suis bloqué...

S'enthousiasmer pour une directive

J'entendais ce matin un chroniqueur revendiquant d'ailleurs un rôle réel dans la formation du Traité Constitutionnel, expliquer l'utilité des symboles de l'Union par le fait que les citoyens ne pouvaient s'enthousiasmer pour une directive.

Cette affirmation, évidemment fausse, me semble symptomatique de cet esprit qui a capturé la construction européenne : pour une fraction très significative de ceux qui la font, ou, du moins, croient la faire, la construction européenne (dans laquelle le processus de formation des directives joue un rôle majeur) ne semblerait pouvoir se faire qu'en désenchantant les citoyens.

A l'affirmer haut et fort, en oeuvrant à convaincre de cela, on s'assure d'y parvenir, avec les conséquences qu'on devine.

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07 mai 2008

A Lille !

Grande journée aujourd'hui à Lille : le rendez-vous des européens. J'interviendrai dans la table ronde "internet, vecteur d'identité européenne ?" :

Atelier 6 : Internet, vecteur d’une identité européenne ?

Avec Pierre Mathiot, directeur de l'IEP de Lille,
Alexandre Heully, co-fondateur et directeur de la communication de cafebabel.com,
Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, auteur du blog Les Coulisses de Bruxelles,
Nicolas Vanbremeersch, éditeur de Publius.fr.

Joli plateau de pratiquants du web européen. Je tenterai de ne pas être techno-béat, et de creuser ce que le web change dans la construction de cet espace auquel nous participons.

Vendredi, c'est la fête de l'Europe. J'aurai le plaisir d'intervenir à nouveau sur le même thème devant des étudiants de sciences-po, sur le même thème. Vos bonnes idées sur ce sujet sont les bienvenues.

06 mai 2008

La France et l'Europe peuvent-elles se comprendre ?

Les dernières propositions en date de Bercy concernant la réforme du livret A me semblent témoigner de l'incapacité d'une fraction significative de la haute administration française à comprendre les raisons d'être et moyens de l'Union. A la veille de ce qui pourrait être la dernière présidence française de l'Union, je veux dire, à supposer que la construction européenne se poursuive, je vais me risquer à l'exercice inhabituel d'exposer pourquoi.

En matière européenne, et notamment, en matière d'argent public, l'appartenance à l'Union implique d'accepter quelques principes : ne pas fausser le fonctionnement de la concurrence au sein du marché intérieur, et, pour cela, accepter la transparence de la dépense publique et permettre l'imputation claire des charges et redevances.

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C'est le métier qui rentre

A peine Paris a-t-il rassemblé la presse pour donner le nom de ses favoris pour les postes de haut vol que créera Lisbonne que nos voisins d'outre-manche, toujours si serviables à nous montrer comment employer les affaires européennes avec profit, s'empressent de faire publier dans le journal le Times du jour quelques rumeurs selon lesquelles les choix de Londres n'auraient rien de commun avec ceux de Paris, apparemment jugés trop fédéralistes. J'en entends d'ici s'étrangler.

On admirera la manoeuvre : Londres n'a rien à perdre à être désavoué, mais Paris, lui, joue sa crédibilité à avoir trop pétendu, inévitable conséquence du volontarisme en politique... internationale, vous le noterez, surtout à proposer comme candidat au poste de Président du Conseil un homme qui n'a jamais déclaré être candidat à de plus hautes fonctions d'une part, et qui serait tiraillé entre sa loyauté envers son pays et sa loyauté envers l'europe en acceptant sur les dossiers de l'harmonisation fiscale, la transparence bancaire et la gouvernance de la BCE : rien de moins !

La position de l'Allemagne sera, bien entendu, déterminante. Sur ce point, la chancelière Merkel a été claire : elle aidera la Présidence française de la même manière que la France l'aura aidée durant la dernière Présidence allemande. Manifestement, Paris et Londres n'interprètent pas forcément telle affirmation de la même manière.

Margot Wallström remarquait récemment qu'avec le printemps, revenait dans la presse anglaise la saison des énormités européennes. Comme si l'annonce d'une présidence française assortie d'immense prétentions et d'un grand recrutement ne suffisait pas à éveiller chez les jeunes serviteurs de l'état britannique l'envie d'en découdre et de montrer à leurs aînés en tel service de quel bois jeunesse se chauffe..

Les semaines à venir s'annoncent passionnantes !

(NB: Je recevrai toujours avec le plus grand plaisir toute proposition de collaboration, même éventuellement bénévole et officieuse, en rapport avec les affaires européennes)